La terre a beau être un matériau inerte, elle se manifeste et a ses exigences. Il y a un échange entre le sculpteur et son travail, qui se produit après quelques heures de tâtonnements. Pour ma part, je m’en aperçoit quand la pièce me « regarde ». C’est un moment passionnant, ou l’on sait qu’on a trouvé le sens de ce qu’on veut faire et que la pièce est sortie de sa gangue de terre . C’est le moment ou elle m’appelle pour que je vienne travailler dans l’atelier. Quand je n’ai pas vraiment envie et que je m’y mets « quand même », il suffit de quelques minutes pour qu’elle m’entraîne et que je passe trois heures avec elle. En revanche, je sais quand je dois poser les outils. Je crois que la pièce dispose de son autonomie. Il y a des pièces qui me parlent toujours, je suis contente d’elles, de leur force d’expression. D’autres seront vraiment « perdues », on ne s’est pas trouvées, c’est tout. La pièce sera détruite ou bien elle plaira à quelqu’un et sera donnée avec plaisir parce qu’elle est appréciée.  Du façonnage ou le modeleur donne de son mieux, aux cuissons qui mettent la terre au péril du feu et des enfumages,  je crois que nos sculptures ont leur propre vie.